(FR) “Les murs et les arbres” – Critique du film Wild de Nicolette Krebitz pour Festival Scope

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En 2017, j'ai rejoint le jury du Festival Scope, festival de cinéma européen indépendant qui permet à 100 jurés non professionnels issus de 7 pays différents de réaliser la sélection officielle.


Wild relate la rencontre envoûtante entre deux êtres en inadéquation avec leur habitat naturel. D'un côté Ania, astreinte à de basses œuvres dans une petite entreprise où elle se tient en marge de ses collègues. De l'autre, une bête sauvage rôdant entre des grands ensembles d'immeubles anguleux. Les diverses quêtes d'Ania (un amant? de la reconnaissance? une présence dans un appartement déserté par sa famille? le père qu'elle n'a jamais eu?) s'incarnent dans une véritable traque qui l'obsède jour et nuit.

Avec une intrigue originale et une photographie travaillée, Nicolette Krebitz signe un conte urbain aux tableaux oniriques, à qui l'on a envie de pardonner des manques de plausibilité et un rythme assez linéaire.

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La réalisatrice remporte le pari difficile de montrer à l'écran les différents pans d'une société organisée, par opposition à un état sauvage qu'Ania découvre au fil de sa rencontre avec la bête. L'hôpital, l'autorité, la vie en communauté, l'entreprise et la production industrielle sont dépeints sobrement. Une finesse que l’on ne retrouve pas dans la représentation de la sexualité d’Ania : au contraire, le film pâtit un peu de la sur-addition de scènes voyeuristes où on montre le personnage explorer les mêmes éternels versants inconnus et interdits de l’intimité féminine (masturbation, inceste, sadomasochisme…) à travers une mise en scène assez bateau. 

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Ce que je retiendrai surtout de ce film, que je place en troisième place de ma sélection, ce sont ses nombreux plans à la fois soignés et entêtants : la vue d'ensemble de la chambre vide où Ania pénètre, encasquée et enroulée dans des protections de fortune, faisant face à un loup mi-proie mi-prédateur. Ou encore la scène de confection du tissage multicolore nécessaire à la battue par des ouvrières chinoises, armée improvisée s'activant à l’arrière d'une camionnette grise.